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La croisière noire : 1924-1925

 

Affiche italienne


Une grand'route pour la « Grande île »Avec la traversée du Sahara deux ans auparavant, Haardt et Audoin avaient apporté la preuve que l'automobile était bien le moyen de locomotion idéal pour relier l'Afrique du Nord à l'Afrique occidentale. Déjà, certains voient plus loin... C'est ainsi que Gaston Doumergue, Président de la République Française, évoque un jour devant André Citroën et Georges Marie Haardt l'intérêt d'une liaison régulière entre les colonies africaines et Madagascar, territoire français isolé dans l'océan Indien.

Quelques mots lâchés au hasard d'une conversation vont donner naissance à la "Croisière Noire" : une expédition qui demandera plus d'un an de préparation, suscitera un engouement inouï tant du public que des milieux scientifiques, artistiques et économiques et fera parcourir à 8 autochenilles équipées d'un dispositif de propulsion Kégresse avec bandes de roulement en caoutchouc, plus de 28 000 kilomètres, à travers l'Afrique, à partir de Colomb-Bechar.



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Vers Fort-Lamy





Georges Marie Haardt traversera ainsi avec son équipe l'Algérie, le Niger, le Tchad, l'Oubangui-Chari, et le Congo Belge. A Kampala, leur colonne se scindera en quatre groupes qui rallieront l'océan Indien et Tananarive, chacun par un itinéraire différent (Mombasa, Dar-Es-Salam, Mozambique et Le Cap). Partout, ils rencontreront un accueil délirant.




Anecdote

Les Berges du Bahr-Ligna


Sur leur route, les membres de l'expédition font bien des rencontres pittoresques. Celle avec le sultan de Maradi, en plein territoire Peuhl, vaut d'être racontée. Le "serki" Moussa, c'est son nom, vient au devant des autochenilles, escorté de ses janissaires et musiciens. Moussa a épousé quatre... ou bien est-ce cinq... il ne sait plus très bien, des 67 filles de Barmou, sultan de Tessaoua. Le vieux Barmou est célèbre dans toute la région car il entretient un harem de 100 femmes !

Léon Poirier, le cinéaste du groupe, imagine déjà le beau film qu'il pourrait tourner dans le "Saint des Saints" ! Mais comment convaincre Moussa de l'y laisser pénétrer ? Finaud, le sultan qui a compris où veut en venir Léon Poirier, lui met un marché entre les mains : il a une auto toute neuve qu'il a reçu en cadeau il y a quelque temps et qui ne démarre pas. Léon Poirier la répare et il pourra visiter le quartier des femmes. Les techniciens de l'expédition auscultent le moteur, réfléchissent puis donnent quelques tours de manivelle. La voiture démarre ! Discrètement, ils expliquent qu'il suffisait de mettre le contact !


Le saviez-vous ?

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En Centre-Afrique



les véhicules de la Croisière Noire ont aussi été baptisés ? "Scarabée d'Or", "l'Éléphant à la Tour", "Soleil en marche", "Escargot ailé", "Croissant d'Argent", "Colombe" (qui portait bien son nom puisqu'il s'agissait de l'infirmerie et de la "popote"), "Centaure" et "Pégase". Il fallait bien cela pour descendre à l'autre bout de l'Afrique. ..... que pour permettre à l'expédition de passer plus facilement, une piste de 700 kilomètres avait été ouverte au Congo Belge ?

Profitant du passage de la mission Haardt, les administrateurs belges stimulèrent le courage de la population locale accourue des quatre coins de la forêt équatoriale, pour ouvrir une voie dans l'enchevêtrement de lianes et de troncs. Quarante mille indigènes participèrent à cet ouvrage colossal. Où trouvèrent-ils leur motivation? Tout simplement dans le bruit que firent courir les administrateurs belges selon lequel des envoyés de "Boula-Matari" (surnom donné autrefois à l'explorateur britannique Stanley) devaient arriver. Or, pour ces populations, Stanley était considéré comme un prophète venu leur annoncer une ère nouvelle. Pas étonnant qu'ils aient mis autant d'ardeur à la tâche !